Je n’apprends rien à personne, la loi contre l’accès aux réseaux sociaux pour les moins de 15 ans ainsi qu’une limitation horaire pour les 15 à 18 ans entrera en vigueur, en France, à la rentrée scolaire 2026-27. L’impact néfaste des réseaux sociaux sur l’état psychologique de nos enfants/ados n’est plus à prouver. Des centaines d’études ont été menées et le constat est alarmant. Notre dépendance à nos portables, je dis bien « NOTRE », est devenue un réel problème de santé publique… notre vue en pâtit, la myopie gagne du terrain de façon exponentielle… la sédentarité s’accroit entraînant des maladies cardio-vasculaires… l’anxiété, l’état dépressif gagnent du terrain… sans parler du sommeil sans cesse altéré par les alertes, les images, les informations qui reculent l’heure du coucher ou pire encore nous réveillent en pleine nuit… rester connecté(e)s à tout prix… au sens propre du terme.
Soyons totalement honnêtes, nous sommes toutes et tous vulnérables face à cet objet devenu indispensable à notre quotidien… notre portable, outil « matriciel » par excellence… ce même portable conçu exactement pour s’immiscer dans les failles de notre cerveau et capter toute notre attention. Sans notre portable nous sommes perdus… mais comment faisions-nous avant ? Et bien avant, pour se rendre quelque part, nous cherchions l’itinéraire sur une carte, et oui, c’était long, parfois laborieux, mais nous étions capables de revenir dans ce même endroit la fois d’après, notre cerveau avait tout enregistré. Avant, on apprenait les numéros de téléphone de notre famille, de nos amis, par cœur, et notre cerveau les imprimait. Avant, nous allions à la banque retirer du liquide pour payer nos courses. Avant, nous allions dans les boutiques pour faire nos courses. Avant, nous regardions un programme télé, choisi par toute la famille, ou pas, installés tous ensemble dans le salon de la maison familiale. Avant, on choisissait les informations qui nous intéressaient. Avant, nous avions des moments d’ennui qui faisaient travailler notre imaginaire. Avant, nous avions du TEMPS (il nous appartenait encore)… Avez-vous remarqué qu’aujourd’hui, nous passons une vie à courir après le temps… et lorsque nous avons la « bonne » idée de regarder les heures consacrées à nos écrans et bien tout devient plus clair… ces longs moments passés à scroller, à interagir, à s’abêtir, à se gaver… ne sont en définitive, que du temps PERDU… Oui, je sais, je vais passer pour une réac… celle qui refuse le « progrès » mais peut-on vraiment parler de progrès lorsque l’on sait qu’un enfant n’arrive même plus à porter son attention sur une seule et même activité à peine plus de quelques minutes… que les règles d’orthographe sont simplifiées, à tel point qu’on ne sanctionne plus les fautes à partir du lycée… que la conjugaison se limite, aujourd’hui, à trois temps… que nos chères têtes blondes (ou brunes, ou rousses) ont peur de leurs propres émotions… qu’ils ont perdu la notion du… OK, j’arrête !!!
Mais, revenons à nos moutons et à ces fameux réseaux sociaux. Alors, légiférer : bien ou mauvais ? Forcément avec le tableau que je viens de dépeindre, je ne peux que valider… mais se soulève derrière cette envie de tout légiférer, la RESPONSABILITÉ… NOTRE responsabilité, face à nos choix, à notre éducation, à nos vies, à nos enfants… Être parent, c’est être responsable de cette âme sensible… notre rôle de parent est essentiel dans la construction psychologique de l’enfant… il est de notre devoir de s’en occuper, de passer du temps avec lui, d’interagir, de lui apprendre la notion du bien et du mal, de lui raconter des histoires, de le câliner, de l’aimer, de le rassurer, de lui donner des limites, de lui apprendre la frustration… bref, d’être présent physiquement et mentalement… Aujourd’hui, il n’est pas rare que l’on se « débarrasse » de nos chérubins, épuisé(e)s par notre charge mentale, nos tracas, nos angoisses, notre rythme en les « collant » devant les écrans. Une façon de se « libérer » d’une contrainte supplémentaire. Et c’est exactement à cet endroit que le bât blesse. Comment nous, parents, avons-nous besoin d’une loi pour prendre conscience de la dangerosité des réseaux sociaux sur nos adolescents ? Comment nous, parents, avons-nous besoin d’une loi pour nous déresponsabiliser d’interdire à nos enfants l’accès aux réseaux sociaux ? Comment nous, parents, avons-nous besoin d’une loi pour savoir ce qui est bon ou pas, pour eux ? Nous devenons de plus en plus assistés, nous refusons de rentrer en conflit avec notre progéniture alors, on s’en remet à la loi… on se cache derrière des textes : « Ce n’est pas nous, c’est la loi !» pour éviter la confrontation. Je ne suis pas sûre que nous soyons sur le bon chemin. À travers cette loi, l’enfant comprend, alors, que ses parents ne sont même plus en mesure de prendre à bras le corps leur rôle éducatif nécessaire à son équilibre, à son épanouissement. Alors, je me pose la question, est-ce le bon exemple pour un adulte en devenir ?
N’oublions jamais que nous sommes les principaux « modèles » de nos enfants… le mimétisme est l’une des premières étapes de leur construction… alors, si nous décidions, de passer moins de temps sur nos portables, sur les réseaux… et plus de temps avec eux…
Ce n’est que mon regard…
Astrid Veillon
