La dépendance affective… un nouveau sujet passionnant… qui résonne !
Lorsque Hervé Malet m’a suggéré ce thème, je ne vous cache pas que j’ai pris toute la mesure de ce sujet délicat, fragile et difficilement identifiable. Quelle est la différence entre amour, attachement, dépendance… le sentiment amoureux peut très vite se comparer à une drogue avec sa dose de dopamine, d’ocytocine, et de sérotonine. Un cocktail explosif pour nos petits cœurs.
La dopamine réveille un état de joie, de plaisir, de bonheur avec un brin de folie, de légèreté.
L’ocytocine entre dans la danse au contact de la peau, de l’odeur, du toucher.
La sérotonine provoque cette impression de bien-être absolu, une sorte de complétude en présence de l’être cher.
Le sentiment amoureux demeure le plus exaltant des sentiments. La rencontre d’abord, avec cette intuition de connexion presque immédiate. Le désir partagé de se voir, de s’apprendre, de se prendre par la main et de se plonger dans la relation… se sentir vivant… vibrer à nouveau avec ce besoin de rester en contact presque permanent, de se toucher, de se sentir, de se parler. Et l’espoir d’avoir, enfin, trouvé la bonne personne, nourri par l’envie d’un amour fluide, naturel, évident où l’ego ne trouverait plus sa place, où les peurs se tairaient, où le cœur pourrait s’ouvrir sans limites, sans retenues. Nous l’avons tous vécu… tout du moins, je l’espère… alors, à quel moment une relation devient-elle une dépendance ? Où se situe la frontière entre l’amour et la dépendance affective…
L’amour est fait de hauts, de bas, avec ses moments de doutes, de craintes, de manque, et parfois même de douleur, mais la dépendance devient palpable, évidente lorsqu’une personne donne à l’autre le pouvoir sur son équilibre intérieur. La dépendance affective est une charge émotionnelle épuisante dans laquelle la personne concernée se débat corps et âme. Son bien-être, sa stabilité, son bonheur ne dépendent que de l’autre, de sa présence, de ses réactions, de ses attitudes. Les dépendants ne cherchent pas à être aimés (ce qui est plutôt sain et normal), mais cherchent des preuves d’affection en permanence, jamais comblées… quoique l’autre fasse. On peut aussi parler de limérence, une sorte d’état obsessionnel sentimental.
Tout devient alors, compliqué, cruel… un message sans réponse et tu te noies… un silence qui devient lourd et tu cherches l’air, qui a pourtant toujours été le tien, pour respirer, pour retrouver un semblant de calme… un manque de disponibilité et tu te sens rejeté(e)… un rendez-vous déplacé et tu imagines le pire… les questions se bousculent, le cœur s’accélère, le mental s’emballe, la douleur est presque physique… les peurs se réveillent… la peur de perdre l’autre, la peur de perdre le lien, la peur de ne pas être assez, la peur d’être trop, la peur d’être abandonné(e)… comme si l’absence de l’autre revenait à nous vider de notre propre substance… une sorte d’effondrement intérieur.
Alors, on s’accroche… et plus on s’accroche, plus l’autre décroche… plus on doute, plus l’autre s’éloigne… plus on demande, moins l’autre donne… tout devient instable, fragile… plus on cherche la validation chez l’autre, plus on s’efface… et le cercle infernal démarre… tu es en alerte constante, du moindre signe, du moindre changement d’intonation de voix… tu observes, tu sur-analyses… tu te dis que l’amour ne va pas de soi, qu’il faut le mériter, le gagner, qu’il demande de se battre… alors, tu t’adaptes… tu donnes toujours plus… tu t’oublies… tu te perds…
Y a-t-il des « terrains » propices à la dépendance affective ? Sans être psy, il suffit de lire, ici et là, que certains traumas d’enfance seraient, une fois encore, la cause de cette dépendance… comme toutes les dépendances me direz-vous… un enfant qui n’aurait pas eu sa place d’enfant, justement, et qui aurait passé ses premières années à soutenir ses parents (rôles inversés), un manque d’affection, de sécurité… mais, pas que… la maladie, le manque de confiance en soi, l’abus sexuel ou psychologique, le décès d’un proche… toutes ces causes pourraient nous pousser à rechercher notre « sauveur », notre « sauveuse », afin qu’il, elle vienne panser nos blessures… l’autre deviendrait alors indispensable à notre vie, à notre équilibre… personne n’est à l’abri d’être, un jour ou l’autre, dans une dépendance affective.
C’est bien beau tout ça… mais, alors, on fait quoi ? Je ne suis pas sûre qu’il existe un « remède » miracle… mais, une chose me parait claire, on ne tombe pas amoureux par hasard… en s’ouvrant à l’autre, on l’autorise à venir toucher l’endroit où notre histoire personnelle intérieure a besoin d’évoluer… une relation nous attire, nous dérange, nous confronte… elle nous pousse à faire face à notre part d’ombre, à notre soi-ombre… Celle qui dit : « Je veux une belle relation saine, douce, enrichissante… » mais, qui nous pousse inconsciemment à choisir un(e) partenaire indisponible émotionnellement, incapable de vivre la relation au même « endroit » que nous. Nous sommes très forts pour nous mentir à nous-mêmes : « J’ai fait le travail… oui, oui, je sais… je connais mes traumas… j’ai lu tous les articles, tous les livres sur le sujet… »
Mais, c’est quoi cette part d’ombre ? Eh bien, c’est celle que nous cachons, à nous et aux autres, sous chacun des masques que nous portons, tous les jours… quelques exemples :
- Une sollicitude exacerbée, sous couvert d’une grande empathie, pourrait révéler un besoin de contrôle… de tout contrôler… la vie, les gens… quelque chose de presque malsain.
- Se placer sans cesse en victime afin d’attirer l’attention, l’amour des autres.
- Vouloir toujours aider les autres pour paraître plus généreux(ses), afin de « gagner » une sorte d’estime de soi… manipulation d’apparence.
- L’amour que l’on souhaite intense, fort et qui se transforme en dépendance affective.
- Etc…
En conclusion, nous ne parviendrons jamais à rompre nos schémas répétitifs tant que l’on évitera ce fragment de nous-même. Cette part d’ombre nous fait croire en notre lucidité de ce que l’on est, de ce que l’on veut, mais au fond elle nous empêche d’avancer… en nous emportant systématiquement dans la mauvaise direction, vers des relations nuisibles.
Il devient donc, urgent, de traiter la cause, et non les symptômes, pour en finir avec les stratégies, les protections qui nous maintiennent dans une forme de sécurité… souvent illusoire.
Qu’est-ce qui fait que nous restons dans une relation qui nous « abîme » ? L’attachement… notre cerveau s’accroche à l’espoir de retrouver l’intensité du début, l’homme ou la femme, qu’il ou elle était. Il s’accroche à ce qui nous a été promis, à ce que notre inconscient a imaginé, projeté lors de ces grandes déclarations… lorsque tout était encore beau, nouveau. On a peur de perdre l’autre, une forme de stabilité, d’habitude (même mauvaise) alors, on cherche à s’adapter inlassablement. On s’accuse de tous les tords en endossant le costume du coupable et en donnant à l’autre les pleins pouvoirs.
Mon Dieu que c’est compliqué et pourtant tout pourrait être tellement simple…
Se connaître, s’accepter, s’aimer, se respecter, prendre soin de soi, se choisir… ne plus avoir peur de se retrouver seul(e) face à soi-même… devenir autonome… mais vraiment… intrinsèquement… pour mieux aimer et être aimé. C’est à chacun, chacune d’entre nous, de poser ses propres limites, d’imposer le respect que l’on mérite, d’apprendre à l’autre comment nous aimer, nous parler, nous traiter…
Aimer demande de la conscience pour regarder ce qui se joue… le vrai amour est un moteur… il nous pousse à revenir à l’essentiel (l’essence du ciel) non pour se perdre, mais pour se rapprocher de soi… non, la souffrance n’est pas une preuve d’amour… le vrai amour ne doit tolérer aucun compromis avec ses valeurs fondamentales… sacrifier son intégrité ronge le couple de l’intérieur… un amour sans sécurité émotionnelle finira par se briser… le vrai amour demande une certaine responsabilité… le vrai amour consiste à regarder dans la même direction… le vrai amour ne demande pas de se perdre… le vrai amour, c’est construire, ensemble, un édifice solide, chacun sur son chemin, pour mieux s’y retrouver… le vrai amour nous élève…
Il faut du courage pour aimer… il faut du courage pour partir…
À tous ceux et celles qui souffrent… qui restent alors qu’ils rêvent d’un ailleurs… qui cherchent encore… qui ont trouvé… qui n’y croient plus… qui espèrent toujours…
Ce n’est que mon regard…
Astrid Veillon