Les émotions sont le fil conducteur de notre existence, colorant chaque expérience et façonnant nos interactions.
Elles traversent les personnes que nous accompagnons, mais aussi nos propres espaces intérieurs de professionnels. Pourtant, elles restent parfois mal comprises, redoutées ou rapidement « régulées » sans être véritablement écoutées.
Les émotions ne demandent pas à être maîtrisées, mais bien décodées, reconnues et accompagnées avec justesse.
Pourtant, combien d’entre nous comprennent vraiment l’origine et le fonctionnement de ces puissantes forces intérieures ? Pour véritablement décrypter notre paysage émotionnel, il nous faut remonter aux sources mêmes de notre être, aux tout premiers instants de la vie.
Les émotions dès la naissance : un répertoire en construction
Dès la naissance, le nourrisson expérimente un éventail d’émotions innées, pures et non filtrées. Ces réactions instinctives constituent la base de notre répertoire émotionnel. Cependant, au fil des mois et des années, ce paysage émotionnel se complexifie, influencé par une myriade de facteurs : l’environnement familial, les expériences vécues, les interactions sociales, et même les processus physiologiques inhérents à notre développement.
Le cerveau en pleine croissance d’un enfant est particulièrement malléable, sensible aux stimuli externes. Cette plasticité, bien qu’essentielle à l’apprentissage, rend également l’enfant vulnérable aux expériences négatives. Des événements traumatiques, un attachement insécure, ou un environnement émotionnellement instable peuvent laisser des empreintes profondes, modifiant la façon dont les émotions sont ressenties et exprimées.
Le processus physiologique des émotions
Le processus physiologique des émotions est un mécanisme fascinant qui souligne les nombreuses interactions entre notre corps et notre esprit. Lorsqu’une émotion surgit, elle déclenche une cascade de réactions dans notre organisme, associée à des processus neurobiologiques qui se traduisent dans le corps. Une réponse physiologique spécifique qui met le corps dans un état d’énergie physique. Le système limbique, notamment l’amygdale, joue un rôle central dans ce processus, et se trouve être en lien direct avec la plus commune des émotions qu’est la Peur.
Elle agit tel un chef d’orchestre, coordonnant la libération d’hormones et de neurotransmetteurs tels que l’adrénaline, le cortisol ou encore la dopamine. Ces messagers chimiques influencent à leur tour, et en fonction d’une situation précise, nos symptômes physiologiques avec par exemple une modification de notre respiration et l’augmentation de notre rythme cardiaque, de notre tension musculaire et agit même sur notre digestion.
C’est la raison pour laquelle il est nécessaire d’apprendre à décrypter le langage émotionnel, ce dernier précède souvent le langage verbal et s’inscrit profondément dans le corps et le système nerveux.
Ce que nous enseignent les neurosciences
Les neurosciences nous montrent bien aujourd’hui que les émotions sont avant tout :
- des signaux biologiques et physiologiques
- des réponses adaptatives
- des messagers d’un besoin fondamental
Quand les émotions se dérèglent
La construction et l’évolution de notre sphère émotionnelle, peuvent faire émerger un processus émotionnel exacerbé, comme une alarme trop sensible qui sonne au moindre frôlement. D’autres, au contraire, peuvent être inhibées, enfouies sous des couches de défenses psychologiques. Il n’est pas rare non plus de voir des émotions « inacceptables » remplacées par d’autres jugées plus convenables socialement, créant ainsi un masque émotionnel qui peut devenir lourd à porter.
Le rôle de l’accompagnant
En tant que thérapeutes, coachs, ou bien tout type d’accompagnement, notre rôle est de guider les individus dans l’exploration de leur paysage émotionnel. Ce voyage introspectif commence par l’identification des sources de dysfonctionnement. Il s’agit de remonter le fil de l’histoire personnelle, de comprendre les événements qui ont façonné la carte émotionnelle de chacun et d’apprendre à ressentir les messages corporels.
Mais la compréhension seule ne suffit pas. C’est pourquoi nous disposons d’une boîte à outils variée pour aider à apprivoiser et réguler les émotions et la cognition qui y est corrélée.
Les outils de régulation émotionnelle
Aussi la pleine conscience et la méditation, par exemple, offrent un espace de pause et d’observation bienveillante de nos états intérieurs, et permettent une régulation amygdalienne, et un accès à une fonction réflexive du cortex pré frontal.
Des techniques de respiration spécifiques, quant à elles, permettent de calmer le système nerveux autonome, apaisant ainsi les tempêtes émotionnelles. Les outils inspirés de l’approche cognitivo-comportementale aident à restructurer les schémas de pensées dysfonctionnelles qui alimentent certaines réactions émotionnelles.
Vers un équilibre émotionnel
L’objectif ultime de ce travail émotionnel est d’avoir des clés de compréhension nécessaires afin de retrouver une dynamique juste et équilibrée. Il ne s’agit pas de supprimer certaines émotions au profit d’autres, car elles ont toutes leur légitimité, mais plutôt d’accueillir toute la palette émotionnelle avec bienveillance et discernement.
C’est un processus d’observation, d’acceptation et de réconciliation avec soi-même.
Dans ce cheminement, le rôle de l’accompagnant est donc crucial. Il crée un espace sécurisant où l’exploration émotionnelle peut avoir lieu sans jugement.
Les émotions sont au cœur de toute relation d’accompagnement, et c’est par ailleurs via cette porte que va s’ouvrir l’espace de l’alliance thérapeutique.
Accompagner les émotions implique inévitablement d’être en lien avec les siennes. Parce que l’équilibre intérieur du professionnel est une condition fondamentale d’un accompagnement juste et vivant.
À travers ce blog, nous ouvrons un espace de réflexion, de transmission et de mise en lien entre différentes approches, au service d’un accompagnement plus conscient, plus incarné et plus respectueux du vivant émotionnel.
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Questions fréquentes sur les émotions et leur accompagnement
Qu’est-ce que le décodage émotionnel ?
Le décodage émotionnel consiste à identifier, comprendre et interpréter les signaux que nos émotions nous envoient. Plutôt que de chercher à maîtriser ou supprimer nos émotions, cette approche vise à les reconnaître comme des messagers biologiques révélant nos besoins fondamentaux.
Quel est le rôle du système limbique dans les émotions ?
Le système limbique, et notamment l’amygdale, agit comme un chef d’orchestre émotionnel. Il coordonne la libération d’hormones et de neurotransmetteurs (adrénaline, cortisol, dopamine) qui déclenchent les réponses physiologiques associées à nos émotions : modification de la respiration, accélération du rythme cardiaque, tension musculaire.
Pourquoi certaines personnes ont-elles des réactions émotionnelles exacerbées ?
Les expériences vécues durant l’enfance, les événements traumatiques, un attachement insécure ou un environnement émotionnellement instable peuvent modifier durablement la façon dont le cerveau traite les émotions. Certaines personnes développent ainsi une hypersensibilité émotionnelle, tandis que d’autres inhibent leurs émotions sous des mécanismes de défense.
Quels outils permettent de réguler les émotions ?
Plusieurs approches ont fait leurs preuves : la pleine conscience et la méditation favorisent la régulation amygdalienne, les techniques de respiration apaisent le système nerveux autonome, et les approches cognitivo-comportementales aident à restructurer les schémas de pensées dysfonctionnelles qui alimentent certaines réactions émotionnelles.
Pourquoi les thérapeutes doivent-ils travailler sur leurs propres émotions ?
Accompagner les émotions d’autrui implique d’être en lien avec les siennes. L’équilibre intérieur du professionnel est une condition fondamentale pour créer un espace sécurisant où l’exploration émotionnelle peut avoir lieu sans jugement, et pour établir une alliance thérapeutique authentique.
Les émotions négatives doivent-elles être supprimées ?
Non, toutes les émotions ont leur légitimité et leur fonction adaptative. L’objectif n’est pas de supprimer certaines émotions au profit d’autres, mais d’accueillir toute la palette émotionnelle avec bienveillance et discernement, dans un processus d’observation, d’acceptation et de réconciliation avec soi-même.
