Ah, la culpabilité… « C’est pas bien ce que t’as fait ! Tu es vilain(e) ! On ne peut pas te faire confiance ! »…
Qui n’a jamais ressenti ce sentiment, classé comme un affect secondaire, emportant dans son sillage les émotions telles que la tristesse, la colère, la honte, voire pire… qui n’a jamais prononcé le mot de trop, dans un accès de colère, de faiblesse… qui n’a pas toujours fait le bon choix (par rapport à qui, à quoi ?)… qui n’a pas toujours pris la bonne décision… qui n’a pas blessé quelqu’un, un jour, par une attitude, un geste, une phrase, un malentendu… ou encore une interprétation… qui n’a pas vécu ce sentiment de malaise, de remords ou de regrets… qui ne s’en est jamais voulu de ne pas avoir été là… d’avoir été trop, pas assez… de ne pas avoir pris le temps d’appeler, de voir… de ne pas avoir assez dit : « je t’aime »… bref, la culpabilité nous poursuit toute une vie, car OUI, personne n’est parfait ! Nous n’avons pas toujours la bonne distance, la bonne intention… la lucidité, l’intelligence… la culpabilité revient à nous juger… à juger nos actes, nos paroles, tout en étant subjective…
Elle peut, aussi, devenir une espèce de rempart face à nos responsabilités : « Je m’en veux tellement… » « Je ne savais pas… » « Pourras-tu me pardonner ?… » « Je n’étais pas moi-même… » La culpabilité est une sorte de règlement de comptes avec notre moralité, notre conscience… Sénèque écrivait : « il n’est pas de pire tyran que notre propre conscience. » La culpabilité dépend tellement de notre culture, de notre éducation, de notre religion… alors où placer cette conscience ? À quel moment devient-elle constructive ? À quel moment devient-elle maladive ? À quel moment nous fait-elle assumer ce que nous sommes ? Ce que nous avons fait ou dit ? La culpabilité est très présente chez le commun des mortels, en général, et chez les hypersensibles, en particulier… un syndrome parfois handicapant qui peut mener à la peur du rejet, à la honte… elle peut engendrer l’enfermement, l’évitement, le déni ou encore des troubles anxiogènes plus ou moins graves.
En tant que parents, nous sommes quelque part les fondateurs de cette culpabilité chez nos enfants… par des phrases banales, lourdes de sens, basées sur notre système « éducatif » : « Ce n’est pas bien de faire ça ! », « Ce n’est pas gentil ! », « Ce n’est pas comme ça, que l’on t’a élevé(e) ! » Et j’en passe… la culpabilité n’est-elle pas le fondement d’Œdipe ?
L’histoire nous culpabilise, sur un plan moral et humanitaire… à juste titre, ou pas.
La religion nous culpabilise… difficile, pour un humain, de vivre en cohérence avec la volonté de Dieu. Nous sommes tous faillibles… à la portée de je ne sais quel péché…
Je n’ai jamais trop « aimé » ce sentiment de culpabilité, beaucoup se cachent derrière ce masque… En elle-même, la culpabilité ne constitue aucune élévation morale, ni un moteur… cependant, je me rends compte que l’absence de culpabilité peut entraîner un manque de repères. Si une personne, qui a commis un grave délit, n’éprouve aucune culpabilité, elle ne sera pas à même de prendre conscience de ses actes, de la souffrance ou du mal qu’elle a engendré… de se remettre en question… de réfléchir… d’apprendre. Le but d’une vie, n’est-ce pas ?
Dans la tourmente de la culpabilité, la notion du Pardon prend tout son sens, ne dit-on pas : « Faute avouée, à moitié pardonnée. » En revanche, comme l’a écrit Paulo Coelho : « une erreur répétée, n’est plus une erreur, c’est un choix. » Oups, on en revient encore à la notion du bien et du mal… très judéo-chrétienne pour certain(e)s, qui n’en reste pas moins essentielle. Se pardonner, pardonner à l’autre… pansement pour cette fichue culpabilité ? Ou véritable remède ?
Bref, on ne va pas se mentir, au-delà de notre conscience, de notre moralité, le regard des autres, leur jugement n’est pas négligeable dans ce sentiment de culpabilité : « Mais que va-t-on penser de moi ? Que va-t-on dire de moi ? » Elle est, alors, fortement influencée, guidée par l’image que l’on croyait être, ou paraître… mais, toutefois, en dissonance avec la réalité de ce que nous sommes… sans apparat, sans fioriture… juste ordinaire… et c’est à cet endroit, qu’il nous appartient de grandir, de se remettre en question afin de nous rapprocher de ce vers quoi nous espérons tendre…
Laissez-moi vous rappeler cette petite histoire que tout le monde connait plus ou moins…
Un soir, un père explique à son fils que ce que pensent les gens ne doit pas gérer sa vie et décide de le lui prouver. Ils partent, le lendemain matin, sur le marché avec un âne. Le premier jour, le père marche à côté de l’âne alors que le fils s’installe sur sa monture… sur leur passage, les chuchotements des badauds se font entendre : « Mais, quelle honte, laisser son pauvre père marcher ! » Le lendemain, ils décident de faire l’inverse, la réaction ne se fait pas attendre : « Mais, quelle honte, laisser son si jeune fils marcher ! » Le troisième jour, ni l’un ni l’autre ne monte sur l’âne, et contre toute attente, ils peuvent deviner les bavardages : « Mais, qu’ils sont bêtes, avoir un âne et marcher à côté… »
Eh oui, quoique l’on fasse, quoique l’on dise, il y aura toujours des gens qui trouveront une bonne raison de critiquer, de juger… de nous faire culpabiliser… alors, vivre sa vie en son âme et conscience, dans le respect des autres, de ce que nous sommes… prendre ses responsabilités, reconnaitre ses erreurs, pardonner, se faire pardonner… et laisser le libre choix, à chacun, de nous « blâmer ».
« La culpabilité et la peur sont des ennemis du présent. » Ce qui a été fait, dit, décidé ne peut être changé, cela appartient au passé… la peur nait du futur, de ne pas savoir… alors, acceptons-nous dans nos imperfections, dans nos travers… reconnaissons nos erreurs, vivons l’instant présent… Et faisons la paix avec notre culpabilité !
Ce n’est que mon regard…
Astrid Veillon