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La belle écoute

Chut… et, si on essayait d’écouter… mais vraiment ! « La belle écoute » est rare et précieuse.

La communication n’a jamais été aussi accessible, aussi facilitée qu’aujourd’hui. On peut joindre n’importe qui, n’importe quand, partout dans le monde entier. Et pourtant, il parait évident que les gens se parlent de moins en moins… s’écoutent de moins en moins. Depuis quelques années, on ne s’appelle plus, on s’envoie des sms, des messages vocaux. Surtout chez la génération Z, mais les plus âgés n’y échappent pas. Comment expliquer ce phénomène ? Certains soutiennent que les appels téléphoniques sont trop intrusifs, la peur de déranger l’autre, d’imposer une réponse immédiate. D’autres estiment que les messages textes leur permettent d’être plus précis, plus concis. On pourrait y voir une façon de préserver la qualité de la pensée tout en minimisant l’effort.

En effet, un échange « frontal » actionne plusieurs demandes cognitives simultanées : écouter, mémoriser, formuler, gérer… un processus très énergivore. Il n’empêche que de nombreux experts s’inquiètent d’une certaine perte des codes essentiels de l’interaction humaine et parlent même « d’autisme social ».

La communication reste le lien le plus précieux entre les êtres humains. Parler, échanger, interagir, partager, débattre, consoler, aider… écouter… nous avons tous et toutes besoin de contact avec l’autre. J’ai le sentiment que la pandémie a joué un rôle essentiel dans ce renfermement sur soi. Les jeunes ont vécu cet isolement de façon très brutale et beaucoup d’entre eux parlent d’un avant et d’un après Covid, d’une rupture traumatique créant un fort trouble dans les relations sociales. Il a été remarqué que les bébés nés durant cette période avaient moins d’interactions avec les autres enfants, allaient moins spontanément vers les adultes. Les personnes âgées se sont, quant à elles, désocialisées et craignent encore, aujourd’hui, de se rendre dans des salles de sport, dans des lieux culturels ou encore au supermarché. Ceci étant posé, il n’en reste pas moins que la communication reste le moteur d’une vie sociale riche et essentielle à notre développement.

Dans cette communication avec autrui, l’écoute reste le fondement d’un échange constructif. Une « belle écoute » ouvre le champ des possibles :

  • Désamorcer une crise
  • Se concentrer sur l’essentiel
  • Réveiller son intelligence, en acceptant d’écouter les points de vue différents
  • Être présent pour l’autre

Il existe 4 niveaux d’écoute :

  • L’écoute automatique ou sélective : on fait acte de présence, on réagit de temps à autre. Cette forme d’écoute vient conforter nos savoirs, valider nos croyances. Elle peut aussi se transformer en rapports de force en cas de divergences.
  • L’écoute factuelle : elle réveille notre curiosité. On découvre de nouvelles pensées, de nouvelles idées, des contradictions aussi.
  • L’écoute générative : elle nous ouvre à écouter plus « grand », à découvrir de nouvelles possibilités d’envisager l’existence, à agrandir notre champ de vision.
  • L’écoute empathique (celle qui m’intéresse) : se mettre à la place de l’autre, ressentir sa vibration, son émotion, vivre ce qu’elle traverse. Laisser son mental de côté et ouvrir son cœur.

Ne pas confondre entendre, acte passif et écouter qui demande une réelle volonté d’action.

Écouter demande une présence émotionnelle très forte. Écouter c’est ressentir mais, aussi observer. Le langage non verbal, la position du corps, des mains, l’inclinaison de la tête, le regard etc… représente 50% de l’impact de la communication. Le langage para-verbal, l’intonation de la voix, les hésitations, la difficulté à trouver les bons mots jouent pour 36% alors que les mots exprimés ne représentent que 7% de l’échange. Alors, imaginez le besoin de concentration, de présence, de disponibilité que demande une « belle écoute ».

Aujourd’hui, soit on ne se parle plus… soit on parle trop… comme pour combler un vide. On ne supporte plus le vide, le silence, devenus anxiogènes… alors, on meuble pour remplir l’espace, pour faire briller notre égo. Lorsque quelqu’un vient se confier à nous, il ne cherche pas forcément à aller mieux, là, tout de suite… il a bien souvent juste besoin de « vider son sac », d’extérioriser son malaise, ses émotions. Alors que de notre côté, on se sent obligé de l’aider coûte que coûte, alors on minimise, on relativise, on conseille, on bouscule, on oriente… on cherche trop souvent à trouver des solutions pour l’autre… mais, nous l’a-t-il demandé ? On donne notre ressenti… mais, l’a-t-il sollicité ? On cherche à dédramatiser… mais, en a-t-il vraiment besoin ? On croit bien faire mais bien au contraire, ces attitudes réactionnelles poussent l’autre à se taire, à se fermer, à résister, à se défendre, à se sentir incapable ou infantilisé etc… bref, il ne se sent pas écouté.

Il n’y a pas à interpréter, ni à conseiller… il y a juste à écouter… à être pleinement présent, le corps, l’esprit et le cœur ouverts… accueillir l’autre. Écouter, c’est rejoindre la personne dans son état émotionnel, ne pas le refouler mais, l’accepter… c’est le laisser s’exprimer librement… ne pas l’interrompre… lui permettre de dérouler sa pensée… c’est observer son attitude, ses gestes, son regard… ce n’est surtout pas chercher quoi lui répondre… parce qu’à cet instant précis on ne l’écoute déjà plus.

Écouter, c’est mettre l’autre en confiance, lui offrir l’espace de s’auto-analyser… c’est l’interroger, s’intéresser, l’aider à reformuler sa pensée. Écouter, ce n’est pas comparer la situation de l’autre, à nos propres expériences, à coup de : « Moi, quand j’ai vécu ça… », « C’est exactement ce que j’ai vécu… », « T’inquiète, on s’en remet… », « Je te comprends tellement… moi aussi… » ! Dans l’écoute, il n’y a pas de place pour la comparaison, le jugement, la prise de pouvoir, la culpabilité, les rapports de force. Il n’y a qu’une seule et même destination : le cheminement avec bienveillance et empathie.

Écouter, c’est aussi un apprentissage sur soi-même… où les mots, les révélations, les sentiments, la souffrance de l’autre viennent nous toucher, nous émouvoir… qu’est-ce qu’ils viennent réveiller chez nous ? S’écouter, fait partie intégrante de la communication mais pour « la belle écoute » il est nécessaire de ne plus s’écouter soi-même et de se concentrer sur l’émotion de l’autre.

Écouter est un art… il est aussi important d’écouter, voire plus, que de savoir parler…

Alors, qu’est-ce qu’on fait ? Et bien, on se tait… on garde le silence… on écoute…

Ludwig Van Beethoven disait : « Ne rompez pas le silence si ce n’est pas pour l’améliorer. »


Astrid Veillon

Ce n’est que mon regard…

Astrid Veillon

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