Le pardon

Pourquoi pardonner ? Comment pardonner ? À quel prix ? Lorsque l’on évoque le pardon on l’associe très souvent aux valeurs judéo-chrétiennes : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensé(es). » Mais, au-delà de ce précepte, le pardon est une mutation intérieure. Il n’est ni une injonction morale, ni un objectif à atteindre coûte que coûte. Il est une transformation du lien avec les autres et surtout avec soi-même.

Pardonner ce n’est pas oublier, ce n’est pas tolérer le mal que l’on nous a fait, ce n’est pas excuser celui ou celle qui nous a blessé(e)… c’est retrouver le chemin de notre paix intérieure… cette paix si essentielle (essence du ciel) à notre bonheur, à notre bien-être.

On a tous quelque chose à pardonner ou à se faire pardonner… le pardon est une vertu… et l’homme par nature est plus enclin à la haine et à la vengeance, qu’au pardon. Ne pas pardonner, c’est alimenter la colère, la rancune, le sentiment de vengeance… tant d’émotions aussi toxiques pour notre santé mentale que physique. La colère provoque ce que l’on appelle la rumination, un cercle vicieux d’énergies négatives, de pensées négatives qui peuvent provoquer une accélération du rythme cardiaque, de la tension artérielle pouvant entraîner, à long terme, des maladies cardio-vasculaires… vous l’avez compris on a connu mieux !

Ne pas pardonner c’est rester figé(e) dans le passé… s’accrocher à ce que l’on ne peut plus changer… le mal a été fait, l’erreur a été commise, la blessure a été ouverte, la décision a été prise, le choix a été fait… et même si la souffrance, la déception, l’incompréhension sont bel et bien installées, les actes, les paroles, les réactions font déjà partie du passé… pardonner ce n’est pas tourner la page, minimiser, accepter… c’est se libérer du fardeau du passé, c’est s’élever « Prends de la hauteur, il y a moins de monde ! », c’est reprendre le pouvoir sur son mental… c’est repartir sur son chemin plus léger, plus serein… le pardon c’est lâcher prise sur ce qui a été… C’est une volonté personnelle… une décision de soi à soi…

Pardonner c’est grandir… être un enfant c’est aimer ses parents de manière inconditionnelle… être un adolescent c’est les juger… devenir un adulte c’est leur pardonner.

Pardonner c’est développer l’empathie, la compassion, l’amour… essayer de comprendre celui ou celle qui nous a blessé(e), trahi(e)… chercher les motivations de ses actes… deviner ses failles, son histoire personnelle… percevoir ses raisons… une façon de reconnaitre les faiblesses de l’autre et d’apaiser notre colère. Le film « Je verrai toujours vos visages », sur la justice restaurative, traite magnifiquement du sujet.

Mais avant de pardonner, il est nécessaire de comprendre à quel endroit « l’agresseur » est venu réveiller notre souffrance ? Dans notre orgueil ? Dans notre confiance ? Dans notre amour propre ? Dans notre intégrité morale, physique, psychique ? C’est une étape importante du pardon… l’acceptation… reconnaitre le mal que l’on nous a fait… et le mal que l’on ressent… pour l’identifier, le quantifier et agir en fonction de notre ressenti, de notre capacité à dépasser le sentiment de colère, de douleur, de déception.

Analyser l’offense peut aussi revenir à trouver notre part de responsabilité… prendre sa part de responsabilité peut signifier que nous n’avons peut-être pas été assez clair(e)s sur nos attentes, nos demandes, nos exigences, nos valeurs… alors, il devient plus facile de pardonner… encore une fois, il ne s’agit pas de minimiser ou d’absoudre la responsabilité de l’autre mais c’est accepter de faire notre part du chemin… de redevenir maître de la situation, de l’évènement… une façon d’apaiser l’égo… la colère… et de retrouver le chemin de la paix.

Pour pardonner, il faut du temps… le temps de dépasser sa souffrance… celle qui nous empêche toute lucidité, toute réflexion, tout recul…

Se faire pardonner… c’est avoir le courage, l’humilité de dire : « Pardon, je suis désolé(e), je m’excuse… » Il y a quand même de la noblesse dans ces mots, n’est-ce pas ?

Demander pardon c’est dépasser ses erreurs… c’est s’accepter dans nos failles, dans nos maladresses, dans nos excès… avec nos défauts… dans notre entièreté… c’est accepter que nous ne sommes pas parfaits, que nous sommes toutes et tous faillibles… c’est reconnaitre que l’on s’est trompé(e)… que l’on a mal agi… un acte pas toujours facile mais tellement salvateur, réparateur… nous ne sommes pas toujours fier(e)s de ce que l’on est, de ce que l’on a fait mais s’excuser nous aide doucement à retrouver l’estime de soi…

S’excuser c’est aussi une façon de renforcer notre relation aux autres, de mettre en lumière un sentiment de confiance, d’honnêteté, de fiabilité… le pardon a le pouvoir de rapprocher les gens… une sorte de résilience…

Qu’il serait bon de ne jamais avoir à se faire pardonner… de ne jamais avoir à pardonner… la vie serait sans doute plus douce… nous serions toutes et tous responsables, réfléchis… la colère ne prendrait jamais le pas sur la lucidité… nous prendrions le temps de réfléchir à la conséquence de nos actes, de nos paroles, de nos décisions, de nos choix… un monde presque parfait en quelque sorte… il y aurait moins de conflits… moins d’âmes et de cœurs blessés… nous nous sentirions compris(es), entendu(e)s, accueilli(e)s dans notre complétude…

Il y a des actes impardonnables… il y a des injustices insupportables… des paroles pires que des coups de poings mais nous n’avons pas d’autres choix que d’apprendre à vivre avec… et le mieux possible… alors que faire ? Passer notre existence à maudire la vie… à maudire l’autre… en oubliant de vivre… ou choisir de pardonner afin d’écrire de nouveaux chapitres et de ne pas laisser la colère s’immiscer dans notre inconscient qui n’aura d’autre finalité que de limiter notre cheminement.

Pardonner libère de l’espace pour vivre… quand on y parvient c’est une sorte de soulagement psychique et physique…

« Le pardon est la clé de l’action et de la liberté. » — Hannah Arendt


Astrid Veillon

Ce n’est que mon regard…

Astrid Veillon

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