La thérapie d’acceptation et d’engagement, connue sous l’acronyme anglais ACT pour Acceptance and Commitment Therapy, est une psychothérapie comportementale et cognitive dite de troisième vague, développée par le psychologue américain Steven C. Hayes à partir du début des années 1980. Elle ne vise pas la suppression des pensées et des émotions douloureuses mais l’augmentation de la flexibilité psychologique, c’est-à-dire la capacité à rester en contact avec une expérience désagréable tout en continuant d’agir dans la direction de ce qui compte pour la personne. Son modèle de référence, l’hexaflex, articule six processus : acceptation, défusion cognitive, contact avec le moment présent, soi comme contexte, valeurs et action engagée.
Cette page décrit l’ACT du point de vue de la pratique professionnelle : son origine théorique, le contenu réel de ses six processus, ce qui la sépare de la TCC classique, l’état des preuves avec ses controverses, et le cadre dans lequel elle s’exerce en France. Elle ne constitue ni un conseil médical, ni une orientation thérapeutique.
Qu’est-ce que la thérapie d’acceptation et d’engagement ?
L’ACT part d’un constat contre-intuitif : les stratégies que nous employons pour ne pas ressentir une émotion pénible sont souvent ce qui l’installe durablement. Éviter une situation, chercher une réassurance, ruminer pour trouver une solution, se distraire, consommer : chacune de ces conduites soulage à court terme et rétrécit l’existence à long terme. L’ACT nomme ce mécanisme l’évitement expérientiel et en fait la cible centrale du travail.
Son objectif n’est donc pas la disparition d’un symptôme, mais un changement de rapport à l’expérience interne. Une personne qui accepte la présence de l’anxiété sans organiser sa vie autour d’elle est considérée comme ayant progressé, même si l’anxiété reste mesurable. C’est ce déplacement du critère de réussite qui distingue le plus nettement l’ACT des thérapies comportementales et cognitives de deuxième vague.
L’ACT est également qualifiée d’approche transdiagnostique : le même modèle de flexibilité psychologique est mobilisé quelle que soit la difficulté présentée, là où les protocoles classiques sont construits trouble par trouble.
D’où vient l’ACT ?
La chronologie est plus ancienne que ne le laisse penser la notoriété récente de l’approche. Steven C. Hayes compile dès 1981 un premier manuel de traitement, resté à l’état de manuscrit non publié sous le titre Comprehensive cognitive distancing procedures : c’est de là que vient le nom de comprehensive distancing, « distanciation globale », par extension de la notion de distanciation issue de la thérapie cognitive d’Aaron Beck. En 1982, un chapitre cosigné avec Robert D. Zettle pose le cadre théorique de cette intervention, celui du comportement gouverné par les règles.
L’appellation Acceptance and Commitment Therapy n’arrive qu’une dizaine d’années plus tard : elle apparaît dans un titre de communication en 1991, puis dans une publication de Hayes et Kelly Wilson en 1994. C’est l’ouvrage publié en 1999 par Hayes, Kirk Strosahl et Kelly Wilson qui l’installe largement.
La théorie des cadres relationnels
L’ACT n’est pas une collection de techniques : elle découle d’une théorie du langage, la théorie des cadres relationnels, en anglais Relational Frame Theory, exposée dans l’ouvrage de référence dirigé par Hayes, Dermot Barnes-Holmes et Bryan Roche, paru en 2001. Cette théorie soutient que l’être humain apprend à mettre en relation arbitrairement des événements, des mots et des expériences, et que ces relations, une fois établies, se dérivent dans les deux sens sans qu’un nouvel apprentissage soit nécessaire.
La conséquence clinique est directe. Un mot peut déclencher la même détresse que la situation qu’il désigne, sans que la situation soit présente. C’est pourquoi l’ACT travaille moins sur le contenu des pensées, comme le fait la restructuration cognitive, que sur la fonction qu’elles occupent dans le comportement.
Le contextualisme fonctionnel
Le cadre philosophique revendiqué par l’ACT est le contextualisme fonctionnel, qui s’appuie sur la classification des visions du monde proposée par Stephen Pepper en 1942 et, à travers elle, sur la tradition pragmatiste américaine de Charles Sanders Peirce, William James et John Dewey. Il substitue au critère de vérité un critère d’efficacité : une pensée n’est pas évaluée comme vraie ou fausse, mais selon ce qu’elle produit dans le contexte où elle apparaît. Ce point explique une bonne partie des malentendus sur l’approche, y compris chez des praticiens formés à la deuxième vague.
Les six processus de l’hexaflex
L’hexaflex représente les six processus de la flexibilité psychologique. Chacun possède un miroir, un processus de rigidité, et c’est souvent par ce miroir qu’on repère en séance le processus à travailler.
| Processus de flexibilité | Ce qu’il vise | Processus de rigidité en miroir |
|---|---|---|
| Acceptation | Faire place aux émotions et sensations difficiles sans manœuvre pour les supprimer | Évitement expérientiel |
| Défusion cognitive | Observer une pensée comme un événement mental, non comme une description du réel | Fusion cognitive |
| Contact avec le moment présent | Revenir à l’expérience en cours plutôt qu’au commentaire mental qui la double | Rumination sur le passé, anticipation du futur |
| Soi comme contexte | Se vivre comme le lieu où les contenus mentaux apparaissent, non comme ces contenus | Attachement au soi conceptualisé |
| Valeurs | Clarifier les directions qui comptent, indépendamment des objectifs atteignables | Perte de contact avec les valeurs |
| Action engagée | Poser des actes concrets et répétés dans ces directions | Inaction, impulsivité, évitement persistant |
Acceptation
L’acceptation au sens de l’ACT n’est ni la résignation ni l’approbation. C’est l’abandon actif de la lutte contre une expérience interne, lorsque cette lutte coûte plus qu’elle ne rapporte. La nuance est importante à tenir en séance : présentée trop vite, l’acceptation est entendue comme une injonction à supporter, ce qui produit exactement l’inverse de l’effet recherché.
Défusion cognitive
La fusion cognitive désigne le fait d’être pris dans une pensée au point de ne plus la distinguer de la réalité. La défusion consiste à rétablir cette distinction par des procédés simples, par exemple reformuler « je suis nul » en « je remarque que j’ai la pensée que je suis nul ». On retrouve ce type d’exercice court et répété dans plusieurs approches de la troisième vague, aux côtés des exercices de TCC plus classiques.
Contact avec le moment présent
Ce processus recouvre ce qu’on appelle communément la pleine conscience, dont les racines sont plus anciennes que la psychologie contemporaine. En ACT, il ne s’agit pas d’une pratique méditative pour elle-même mais d’une compétence d’orientation attentionnelle mobilisée au service des cinq autres processus.
Soi comme contexte
Aussi appelé soi observateur. La personne apprend à se reconnaître comme le lieu stable où les pensées, les émotions et les rôles apparaissent et disparaissent, plutôt que comme l’histoire qu’elle se raconte sur elle-même. C’est le processus le plus abstrait de l’hexaflex et celui qui demande le plus d’expérience pour être conduit sans jargon.
Valeurs
Une valeur, en ACT, est une direction et non un but : on ne l’atteint jamais, on s’en rapproche ou on s’en éloigne. « Être un parent présent » est une valeur, « emmener mes enfants au parc samedi » est un objectif qui la sert. Cette distinction est ce qui permet de reprendre après un échec sans que l’échec invalide la direction.
Action engagée
Le versant comportemental de l’approche, proche par sa mécanique de l’activation comportementale des TCC classiques : des actions concrètes, planifiées, cotées, orientées par les valeurs clarifiées à l’étape précédente.
ACT et TCC classique : quelles différences ?
L’ACT appartient à la famille des TCC, ce qui rend la comparaison plus subtile qu’une opposition. Les différences portent sur la cible, le critère de réussite et le statut de la pensée.
| Point de comparaison | TCC de deuxième vague | ACT |
|---|---|---|
| Cible du travail | Contenu des pensées automatiques et des croyances | Fonction des pensées et rapport entretenu avec elles |
| Statut d’une pensée | Hypothèse à mettre à l’épreuve des faits | Événement mental à observer, sans jugement de vérité |
| Critère de réussite | Réduction mesurée des symptômes | Élargissement du répertoire d’actions orientées par les valeurs |
| Construction du protocole | Spécifique au trouble | Transdiagnostique, centré sur les processus |
| Place de l’émotion | À réguler | À accueillir sans manœuvre d’évitement |
| Outil emblématique | Colonnes de Beck, exposition graduée | Hexaflex, exercices de défusion, clarification des valeurs |
Les deux approches partagent en revanche l’exposition, la structuration des séances et la place donnée au travail entre les séances. Une lecture des limites reconnues des approches cognitivo-comportementales figure dans notre article sur les limites de la thérapie cognitivo-comportementale.
Comment se déroule un accompagnement en ACT ?
Il n’existe pas de protocole ACT unique : la littérature décrit de nombreux protocoles construits selon la cible du travail. Une progression revient toutefois fréquemment.
- Le désespoir créatif. Un inventaire, mené avec la personne, de tout ce qu’elle a déjà tenté pour ne plus ressentir ce qui la fait souffrir, et du résultat réel de chacune de ces tentatives. L’objectif n’est pas de décourager mais de faire apparaître que le programme de contrôle a été appliqué sérieusement et qu’il n’a pas fonctionné.
- La clarification des valeurs. Dans quelles directions la personne voudrait engager sa vie si l’évitement ne dictait plus ses choix.
- Le travail des processus. Défusion, acceptation, contact avec le présent, soi comme contexte, mobilisés au fil des situations qu’elle rapporte.
- L’action engagée. Des actions concrètes, souvent modestes au départ, répétées et reprises en séance.
Plusieurs supports visuels accompagnent ce travail, notamment la matrice ACT et le point de choix, qui aident à trier en séance ce qui relève d’un mouvement d’évitement et ce qui relève d’un mouvement vers les valeurs. Sur le versant mesure, l’instrument le plus utilisé en recherche est le questionnaire d’acceptation et d’action, connu sous le sigle AAQ-II.
Que dit la recherche, et que dit la HAS ?
L’état des preuves de l’ACT se lit en deux temps : un corpus de recherche important d’un côté, des réserves méthodologiques documentées de l’autre. Les deux versants sont restitués ci-dessous.
Un corpus abondant, une qualité méthodologique discutée
L’ACT a donné lieu à un grand nombre d’essais contrôlés et de méta-analyses. La revue des méta-analyses publiée en 2020 par Andrew Gloster et ses collègues dans le Journal of Contextual Behavioral Science, qui agrège vingt méta-analyses, conclut à une efficacité sur l’ensemble des indications examinées, avec des tailles d’effet contrôlées petites à moyennes et, face à la TCC, une équivalence globale plutôt qu’une supériorité.
La revue systématique et méta-analyse de Lars-Göran Öst, parue en 2014 dans Behaviour Research and Therapy et portant sur soixante essais randomisés, est nettement plus sévère. Elle relève une qualité méthodologique qui ne s’est pas améliorée depuis son précédent état des lieux de 2008, une taille d’effet moyenne de 0,42, un écart non significatif face aux traitements cognitifs et comportementaux, et conclut que l’ACT n’est encore solidement établie pour aucun trouble. Ces deux lectures portent sur la même littérature. Les restituer ensemble est plus honnête que de n’en citer qu’une.
Deux positions de la Haute Autorité de Santé, à un an d’intervalle
La HAS a mentionné explicitement l’ACT dans deux recommandations récentes, et les deux mentions ne vont pas dans le même sens.
Dans la recommandation « Fibromyalgie de l’adulte : conduite diagnostique et stratégie thérapeutique », validée par le Collège le 19 juin 2025, la HAS décrit l’approche parmi les interventions présentées à titre d’information avec la recommandation R.47, et indique que « les outils de l’ACT sont en cours de développement et de validation et la pratique est encore trop récente pour être utilisée ». La recommandation R.47 elle-même ne retient, sur le versant psychothérapeutique, que la thérapie cognitivo-comportementale.
Dans la recommandation « Acouphènes invalidants chez l’adulte : diagnostic et prise en charge », validée le 18 juin 2026, la thérapie d’acceptation et d’engagement figure en revanche parmi les approches globales pouvant être proposées en cas de handicap faible à modéré, soit un score THI inférieur ou égal à 36 (recommandation R.45.1). Cette mention est assortie du niveau « accord d’experts », c’est-à-dire le niveau le plus faible de l’échelle de la HAS, non adossé à une preuve établie. Le même texte précise par ailleurs, cette fois au grade C (recommandation R.44), qu’à ce jour seules les thérapies comportementales et cognitives ont montré des preuves d’efficacité sur les acouphènes.
Deux précisions s’imposent pour lire correctement ces éléments. Un accord d’experts n’est pas une recommandation fondée sur des preuves, et l’ACT ne peut donc pas être présentée comme « recommandée par la HAS » sur cette base. Par ailleurs, l’expertise collective de l’Inserm consacrée aux psychothérapies, publiée en 2004, portait sur trois approches et n’a pas évalué l’ACT : toute formulation qui laisserait entendre le contraire serait fausse.
Ce que l’ACT ne prétend pas faire
Une présentation sérieuse de l’approche comporte ses limites, et elles sont rarement écrites.
- Elle ne remplace pas une prise en charge médicale. Les situations aiguës, les décompensations et les troubles sévères relèvent d’abord d’une stabilisation conduite par des professionnels de santé.
- Ses exercices ne sont pas des outils d’auto-traitement. Le désespoir créatif, en particulier, fait remonter un bilan d’échecs répétés et ne devrait pas être entrepris seul.
- Le vocabulaire est un risque en soi. Acceptation, valeurs, sens : mal amenés, ces mots glissent vers un discours de développement personnel que l’approche, adossée à l’analyse du comportement, n’est pas.
- L’état des preuves n’est pas homogène selon les indications, et il varie selon les revues, comme le montre l’écart entre les lectures de 2014 et de 2020.
Qui peut pratiquer l’ACT en France ?
L’ACT n’est pas une profession : c’est une approche mobilisée par des professionnels dont le cadre d’exercice est défini par ailleurs. Deux distinctions doivent être tenues.
Le titre de psychothérapeute est réglementé. Son usage est encadré par l’article 52 de la loi n° 2004-806 du 9 août 2004 et par le décret n° 2010-534 du 20 mai 2010, modifié, qui subordonnent l’inscription au registre national des psychothérapeutes à des conditions de formation précises. Les titres de psychologue et de psychiatre relèvent quant à eux de cursus universitaires et médicaux distincts et protégés.
Le terme de psychopraticien, lui, n’est pas un titre protégé. Il désigne dans l’usage un professionnel de la relation d’aide formé à une ou plusieurs approches, sans que cette appellation confère un droit d’exercice équivalent. Cette différence, souvent mal comprise, est développée dans notre article sur qui peut pratiquer la TCC.
Concernant l’ACT elle-même, il n’existe pas en France de diplôme d’État ni de certification publique spécifique. La compétence s’acquiert par une formation aux thérapies comportementales et cognitives, complétée par un travail spécifique sur les processus de la troisième vague, et par la supervision, dont l’importance tient à la dimension expérientielle de l’approche : les processus de l’hexaflex se travaillent d’abord sur soi avant d’être conduits avec un patient. Une formation TCC certifiante constitue à ce titre le socle sur lequel une spécialisation ACT peut ensuite s’appuyer, aux côtés d’approches voisines comme la thérapie des schémas.
Questions fréquentes sur la thérapie d’acceptation et d’engagement
Qu’est-ce que la thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT) ?
La thérapie d’acceptation et d’engagement est une psychothérapie comportementale et cognitive de troisième vague, développée par Steven C. Hayes à partir du début des années 1980. Elle vise l’augmentation de la flexibilité psychologique plutôt que la suppression des symptômes, en travaillant l’acceptation des expériences internes difficiles et l’engagement dans des actions orientées par les valeurs de la personne.
Quels sont les 6 processus de l’ACT ?
Les six processus de l’hexaflex sont l’acceptation, la défusion cognitive, le contact avec le moment présent, le soi comme contexte, la clarification des valeurs et l’action engagée. Chacun a un miroir de rigidité : évitement expérientiel, fusion cognitive, rumination, attachement au soi conceptualisé, perte de contact avec les valeurs et inaction. Ces six processus sont mobilisés ensemble et non successivement.
Quelle est la différence entre la TCC et l’ACT ?
La TCC de deuxième vague travaille sur le contenu des pensées, qu’elle traite comme des hypothèses à confronter aux faits, et mesure sa réussite à la réduction des symptômes. L’ACT travaille sur la fonction des pensées et sur le rapport que la personne entretient avec elles, et mesure sa réussite à l’élargissement des actions possibles en direction de ce qui compte pour elle. L’ACT appartient néanmoins à la famille des TCC et en partage plusieurs outils, dont l’exposition.
L’ACT est-elle reconnue en France ?
Il n’existe pas en France de diplôme d’État ni de certification publique propre à l’ACT. La Haute Autorité de Santé l’a mentionnée dans deux recommandations récentes, avec des conclusions différentes : en juin 2025, sur la fibromyalgie, elle juge la pratique encore trop récente pour être utilisée ; en juin 2026, sur les acouphènes invalidants, elle la cite parmi les approches pouvant être proposées, au niveau « accord d’experts », le plus faible de son échelle. L’expertise collective de l’Inserm de 2004 sur les psychothérapies n’a pas évalué l’ACT.
Combien de temps dure une thérapie ACT ?
Il n’existe pas de durée standard. La littérature décrit des protocoles de formats très variables, de quelques séances à plusieurs mois, selon la difficulté travaillée et le contexte de l’intervention. La durée est fixée avec la personne accompagnée en fonction des objectifs posés au départ, et non par un cadre préétabli propre à l’approche.
