Sexologue, sexothérapeute et médecin sexologue accompagnent tous trois les difficultés sexuelles, mais ils n’ont ni la même formation initiale, ni le même cadre légal, ni les mêmes droits. Le médecin sexologue a fait des études de médecine puis un diplôme interuniversitaire (DIU) de sexologie : il peut examiner, poser un diagnostic et prescrire, et sa consultation est remboursée comme toute consultation médicale. Le sexothérapeute qui n’est pas médecin accompagne par l’entretien et des exercices, sans diagnostic ni prescription, et ses séances ne sont pas remboursées par la Sécurité sociale. Quant au mot « sexologue » employé seul, il n’est pas protégé par la loi : il recouvre des parcours très différents.
Ce guide compare les trois profils, rappelle qui a le droit d’utiliser quel titre (y compris psychologue et psychothérapeute, deux titres protégés) et vous aide à savoir à qui vous adresser selon votre situation.
| Médecin sexologue | Psychologue spécialisé en sexualité | Sexothérapeute ou sexologue clinicien | |
|---|---|---|---|
| Formation initiale | Doctorat en médecine | Master de psychologie | Variable : soin, accompagnement, reconversion |
| Formation en sexologie | DIU Sexologie et médecine sexuelle (3 ans) | DIU Sexologie clinique (2 à 3 ans selon l’université) | DIU Sexologie clinique s’il y a accès, sinon formation privée |
| Titre protégé par la loi | Oui (médecin) | Oui (psychologue) | Pas de protection |
| Examen physique, diagnostic médical, prescription | Oui | Exclus | Exclus |
| Approche | Médicale, physiologique et psychologique | Psychologique et relationnelle | Psychologique, relationnelle et éducative |
| Remboursement par l’Assurance Maladie | Oui, comme toute consultation médicale | En libéral, seulement dans le dispositif Mon soutien psy | Aucun (certaines mutuelles selon le contrat) |
Quelle différence entre sexologue et sexothérapeute ?
La sexologie est l’étude de la sexualité humaine ; la sexothérapie est l’accompagnement des difficultés liées à la sexualité par la parole, l’information et des exercices. « Sexologue » désigne donc une personne qui a étudié la sexualité, quel que soit son métier d’origine, alors que « sexothérapeute » désigne une pratique : la thérapie appliquée à la vie sexuelle.
Dans les faits, se dire sexologue ou sexothérapeute relève souvent du choix personnel. Le docteur qui a suivi le DIU se présente comme médecin sexologue ; un psychologue, comme psychologue sexologue ; les autres praticiens emploient le plus souvent « sexothérapeute », parfois « sexologue » ou « sexologue clinicien ». Le Syndicat national des sexologues cliniciens (SNSC) emploie d’ailleurs ce dernier terme pour l’ensemble des praticiens, sexologues comme sexothérapeutes, qui répondent à ses exigences de formation et portent son numéro ACENOS.
La vraie ligne de partage passe ailleurs : entre la médecine et le reste. Des trois, seul le médecin sexologue peut examiner le corps, poser un diagnostic, demander des examens et prescrire un traitement. Les deux autres travaillent sur l’origine psychologique, émotionnelle et relationnelle des difficultés.
Le médecin sexologue : la sexologie en plus de la médecine
Quelle formation suit un médecin sexologue ?
Il a d’abord fait ses études de médecine. Il y ajoute le DIU Sexologie et médecine sexuelle, réservé aux docteurs en médecine et aux internes, qui dure trois ans et se conclut par des examens et un mémoire. Ce diplôme s’appelait auparavant DIU de sexologie : selon la liste de l’Ordre, le nouvel intitulé date d’octobre 2022.
La sexologie n’est pas une spécialité médicale. Le Conseil national de l’Ordre des médecins le rappelle dans sa liste des titres autorisés : un DU ou un DIU n’ouvre aucune qualification ordinale, quelle que soit sa durée. En revanche, la mention « Sexologie (DIU) » fait partie des titres que l’on peut inscrire sur sa plaque et ses ordonnances, à condition de détenir ce diplôme d’une des universités reconnues. Un médecin sexologue peut donc être généraliste, gynécologue, urologue ou psychiatre, avec une compétence reconnue en santé sexuelle.
Que peut faire un médecin sexologue ?
Tout ce que permet l’exercice de la médecine : interroger sur les antécédents et les traitements en cours, examiner, demander un bilan sanguin ou hormonal, poser un diagnostic et prescrire. C’est l’interlocuteur indiqué quand une difficulté peut avoir une origine physiologique : dysfonctions sexuelles comme le trouble de l’érection ou l’éjaculation précoce, douleurs pendant les rapports, effet d’un médicament sur la libido, maladie chronique, suites d’une chirurgie ou d’un cancer, ménopause. Il tient aussi compte de l’histoire personnelle et du couple, et il peut travailler en lien avec un sexothérapeute ou un psychologue.
Le sexologue clinicien et le sexothérapeute
D’où viennent les sexologues cliniciens ?
Les professionnels de santé et les psychologues ont accès au DIU Sexologie clinique. Les métiers admis varient selon l’université : psychologues titulaires d’un master, sages-femmes, infirmiers, kinésithérapeutes, parfois conseillers conjugaux. La durée varie aussi, de deux à trois ans.
Les personnes qui ne relèvent d’aucune de ces professions se forment dans des organismes privés. Ces formations délivrent une certification propre à l’organisme, jamais un diplôme d’État. Le SNSC a fixé ses propres repères pour reconnaître un sexologue clinicien : au moins deux ans de formation et 200 heures d’enseignement, une thérapie personnelle, une supervision régulière et le respect d’un code d’éthique. Ce cadre est volontaire : il engage ses adhérents, pas la loi.
Le métier de sexothérapeute est-il réglementé ?
Aucun texte ne réserve le titre de sexothérapeute, ni celui de sexologue pour qui n’exerce pas la médecine. Le SNSC le reconnaît : en France, le titre de sexologue n’est pas protégé par la loi. Concrètement, n’importe qui peut ouvrir un cabinet sous ces noms. Ce qui fait la différence pour le patient, c’est la formation suivie, sa durée, la pratique supervisée et la transparence du praticien sur son parcours.
Que fait un sexothérapeute en séance ?
Il reçoit une personne seule ou un couple. Le premier temps est un dialogue structuré pour comprendre la demande, son histoire et son contexte : il évalue la situation, mais ne pose pas de diagnostic. Viennent ensuite plusieurs leviers :
- l’information et l’éducation sexuelle : corriger les idées fausses sur la sexualité et dédramatiser des blocages fréquents ;
- le travail sur les pensées et les émotions : anxiété de performance, inhibitions, estime de soi ;
- le travail sur la relation : restaurer la communication dans le couple, accorder les attentes de chacun, retrouver de l’intimité ;
- des exercices à faire chez soi, proposés et ajustés de séance en séance.
Quand une cause physique est possible, son rôle est d’orienter vers la médecine. Pour exercer ainsi, le praticien doit aussi avoir travaillé sur lui-même : connaître ses propres émotions et ses limites évite de prendre en charge un patient à travers sa propre expérience. Enfin, la consultation touche à l’intime : elle repose sur la confidentialité et sur une relation de confiance, l’alliance thérapeutique, qui se construit dès les premiers échanges.
Quelles méthodes utilise la sexothérapie ?
La sexothérapie moderne s’est construite à partir des travaux de Masters et Johnson, qui ont proposé dans les années 1970 les premières thérapies sexuelles structurées, puis d’Helen Kaplan, qui les a combinées avec une approche psychothérapeutique. On y trouve aujourd’hui plusieurs courants :
- les thérapies cognitives et comportementales, qui travaillent sur le problème actuel et sur les pensées qui l’entretiennent, quitte à revenir sur le passé si c’est utile ;
- la pleine conscience, qui aide à revenir aux sensations plutôt qu’à la performance ;
- les thérapies systémiques, qui considèrent le couple comme un système : quand une femme consulte pour un vaginisme et qu’une fois ce point réglé, son partenaire révèle à son tour une difficulté, c’est l’interaction entre les deux qu’il faut travailler ;
- l’approche sexocorporelle, qui intègre le vécu du corps.
Qui a le droit d’utiliser quel titre ?
Plusieurs titres voisins sont protégés par la loi, d’autres pas. Voici ce que dit le cadre légal :
- Médecin sexologue : réservé aux docteurs en médecine. La mention « Sexologie (DIU) » sur la plaque suppose le DIU, selon le Conseil national de l’Ordre.
- Psychologue : titre protégé par l’article 44 de la loi n° 85-772 du 25 juillet 1985. Il est réservé aux titulaires d’un diplôme sanctionnant une formation universitaire de haut niveau en psychologie, figurant sur une liste fixée par décret, et ce diplôme doit être enregistré auprès de l’agence régionale de santé. Son usage par une personne qui n’y a pas droit constitue un délit d’usurpation de titre (article 433-17 du code pénal).
- Psychothérapeute : titre protégé par l’article 52 de la loi n° 2004-806 du 9 août 2004, dont le décret n° 2010-534 du 20 mai 2010 fixe les conditions. Il suppose l’inscription au registre national des psychothérapeutes, après une formation en psychopathologie clinique d’au moins 400 heures et un stage de cinq mois, ouverte aux docteurs en médecine et aux titulaires d’un master de psychologie ou de psychanalyse.
- Sexologue, hors médecine : titre non protégé.
- Sexothérapeute : titre non réglementé.
Un sexothérapeute qui n’est ni psychologue ni inscrit au registre ne peut donc pas se présenter comme psychologue ou psychothérapeute, quand bien même il pratique une forme de thérapie. Pour une personne qui se forme, ce point compte autant que le choix de l’école : notre guide sur les parcours pour devenir sexologue, DIU compris détaille quelle voie mène à quel titre selon votre profil de départ.
Qui consulter selon votre situation ?
Cette page ne remplace pas un avis médical, mais quelques repères aident à choisir le bon premier interlocuteur :
- Une difficulté apparue récemment, une douleur, un trouble de l’érection, un changement après un traitement, une grossesse ou la ménopause : commencez par votre généraliste, un gynécologue, un urologue ou un spécialiste en médecine sexuelle, qui pourra écarter ou traiter une cause physiologique.
- Un blocage, une baisse de désir sans cause médicale identifiée, une anxiété de performance, des difficultés de couple autour de la sexualité : un sexothérapeute ou un psychologue qui s’est spécialisé dans la sexualité est le plus indiqué.
- Une souffrance psychique plus large (anxiété, dépression, traumatisme) : un psychologue, un psychothérapeute ou un psychiatre, qui pourra travailler avec un sexothérapeute si besoin.
Les deux approches se complètent souvent : un traitement règle la part physique, la sexothérapie la part psychologique et relationnelle. Pour savoir à quoi ressemble concrètement un suivi, voyez notre article sur le déroulement des séances de sexothérapie, en individuel ou en couple.
Comment vérifier le sérieux d’un praticien ?
Demandez-lui simplement sa formation : son intitulé, l’organisme ou l’université, la durée, et s’il est supervisé. Un professionnel sérieux répond volontiers et vous dit aussi ce qu’il ne fait pas. Un docteur en médecine est inscrit au tableau de l’Ordre ; un psychologue est enregistré auprès de l’agence régionale de santé ; un psychothérapeute figure au registre national. Pour un sexologue clinicien, l’adhésion à une organisation professionnelle, par exemple le numéro ACENOS du SNSC vérifiable dans son répertoire public, est un indice, pas une obligation légale.
Le sexologue est-il remboursé ?
Tout dépend du statut du professionnel :
- Médecin sexologue : la consultation est une consultation médicale. Dans le parcours de soins coordonnés, c’est-à-dire sur orientation de votre médecin traitant, l’Assurance Maladie la rembourse à 70 % du tarif de base, moins la participation forfaitaire de 2 euros ; hors parcours, le remboursement est plus faible. Un éventuel dépassement d’honoraires reste à votre charge ou à celle de votre mutuelle.
- Psychologue : en cabinet libéral, les séances ne sont prises en charge que dans le dispositif Mon soutien psy, chez un psychologue partenaire de l’Assurance Maladie, pour une souffrance psychique d’intensité légère à modérée : un entretien d’évaluation et jusqu’à 11 séances de suivi par année civile, soit 12 séances. Ce dispositif ne vise pas spécifiquement les difficultés sexuelles.
- Sexothérapeute ou sexologue clinicien : aucune prise en charge par l’Assurance Maladie. Certaines mutuelles remboursent une partie des séances : vérifiez votre contrat avant de prendre rendez-vous.
Se former à la sexothérapie à l’EFPP
L’EFPP propose une formation de praticien en sexothérapie à distance, ouverte aux professionnels de santé qui veulent compléter leur pratique comme aux personnes en reconversion. Elle dure 12 mois pour 107 heures, avec des cours en e-learning et une visioconférence un jeudi sur deux. Elle est animée par Laurence Dore, médecin, sexothérapeute et formatrice à l’EFPP.
Cette formation ne délivre ni DIU ni diplôme d’État. Elle conduit à une certification interne, « Praticien en Sexothérapie EFPP », obtenue après un QCM par mois et un examen final en mise en situation. Elle prépare à exercer comme sexothérapeute, pas à porter le titre de médecin, de psychologue ou de psychothérapeute. Si vous envisagez ce métier, notre article sur les étapes d’une reconversion vers la thérapie sexuelle et relationnelle détaille l’installation et l’exercice au quotidien.
Questions fréquentes
Un sexologue est-il forcément médecin ?
Pas forcément. Le médecin sexologue est titulaire d’un DIU de sexologie, mais le mot « sexologue » est aussi employé par des psychologues, des soignants et des praticiens formés dans des organismes privés. Demandez au praticien son métier d’origine et sa formation sur la sexualité.
Un sexothérapeute peut-il poser un diagnostic ?
Il évalue la situation et la demande, mais il ne pose pas de diagnostic médical et ne prescrit pas. Si une cause physique est possible, il oriente vers un docteur.
Quelle différence entre un sexologue et un psychologue ?
Psychologue est un titre protégé, obtenu avec un master de psychologie. Le psychologue n’est pas spécialiste de la sexualité, sauf s’il s’est formé ensuite, par exemple avec le DIU Sexologie clinique. À l’inverse, un sexologue clinicien n’est pas forcément psychologue.
Faut-il une ordonnance pour consulter un sexologue ?
Non. Un sexothérapeute se consulte librement, et Mon soutien psy est accessible sans prescription. Chez un médecin sexologue, aucune ordonnance n’est exigée non plus, mais passer d’abord par votre médecin traitant vous garde dans le parcours de soins coordonnés, donc mieux remboursé.